Rêves et ruines sur l’Amazone – Le Temps, Geneve, Suisse – Livres – roman samedi 26 juin 2010

Français, Presse

 

Né à Manaus, le romancier Milton Hatoum réveille histoire et légendes dans «Les Orphelins de Eldorado»

 «Quand quelqu’un meurt ou disparaît, la parole écrite est notre seul secours», dit l’un des personnages de ce roman de Milton Hatoum, Orphelins de l’Eldorado. Celui qui parle est un avocat, sensible, détaché, extrêmement cultivé, un homme qui connaît sans les avoir jamais fréquentées les librairies de Paris, traducteur à ses heures. Il s’adresse à Arminto Cordovil, héritier ruiné d’une grande famille de l’Amazonie dont la déchéance a accompagné celle de son monde. En hommage à ce monde disparu, à la grandeur des capitales du caoutchouc et du cacao le long du fleuve, à l’éclat de Manaus, où il est né en 1952, Milton Hatoum – professeur de littérature, traducteur et écrivain – a écrit ce court roman. Récit baroque qu’il déroule avec l’efficacité d’une ­tragédie. Il raconte un naufrage implacable d’une famille d’entrepreneurs. Celui qui fait le récit, l’héritier des C

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ordovil, est un vieux, peut-être fou, qui agrippe le passant pour lui raconter ses chimères: «On respire dans ce qu’on dit, non? Conter, chanter, n’est-ce pas un baume pour nos douleurs?» Dans ce récit de la chute de la maison Cordovil se rejoignent l’histoire d’une région et les mythes de l’Amazonie où des femmes magiques percent les secrets de l’Eldorado. Dauphins séducteurs, cités enchantées au fond des eaux; femme dont le corps est volé, mais dont la tête reste auprès de l’époux, vivante; femme transformée en crapaud, s’accouplant avec un tapir…; femme mystère, comme cette Dinaura, amour fou d’Arminto qui se dérobe toujours. Femme-poisson, femme-poison? Elle ne laissera aucun espoir au pauvre Arminto. Plein de moiteur, de coups bas, de beuveries, de coucheries même, de caractères ombrageux ou lâches, de sacrifices inutiles et de souffrances, Orphelins de l’Eldorado déploie un monde envahi par l’eau trouble, la végétation, les rêves perdus.

Eleonore Sulser

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